Intervention d’Aurore Le Mat au séminaire recherche le 15 octobre 2018

 Les politiques d’éducation sexuelle à l’école : de la politisation aux mobilisations sur la « théorie du genre ».

 

L’entretien filmé et le compte-rendu ont été réalisés par l’équipe d’étudiant-e-s qui a animé la séance : Amel Attatfa, Anais Vallor, Pauline Rapilly-Ferniot, Jonasson David et Marie Ohresser.

Vous pouvez visualiser l’entretien ici :

https://vimeo.com/312700267?utm_source=email&utm_medium=vimeo-cliptranscode-201504&utm_campaign=29220

Le 15 octobre 2018, Aurore Le Mat, docteure en Science Politique, est venue partager, au sein de notre séminaire, son expérience dans le monde de la recherche et nous exposer son sujet : les politiques d’éducation sexuelle en milieu scolaire.

Dans un premier temps, Aurore est revenue sur la construction de l’éducation sexuelle comme objet d’intervention publique à travers deux moments clés.

Dans les années 1970, période de débat public sur les questions de sexualités, un médecin fait distribuer à la sortie de collèges un tract abordant la sexualité sous l’unique angle du plaisir, puis une enseignante en discute en classe. Le médecin sera ensuite radié de l’Ordre et une plainte sera déposée contre l’enseignante. Par leurs actions, tous deux ont remis en question la vision traditionnelle de la sexualité et donc le monopole des familles et de l’Église dans l’éducation sexuelle des enfants. C’est à la suite de ces controverses que pour la première fois un chapitre de SVT[1] abordera l’information sexuelle.

En 2010, les nouveaux programmes de SVT évoquent le « devenir homme ou femme » et donc l’identité sexuelle. Cela suscite un vif mouvement de contestation de la part de certains parents qui dénoncent « un enseignement inspiré de la théorie du genre » et remettent en question la part du social dans la construction de l’identité sexuelle. La détermination de l’identité sexuelle devient alors un nouvel enjeux de luttes politiques.

Par ailleurs, dans son article de 2014[2], Aurore observe la gêne des nombreuses intervenantes face aux questions pouvant être liées à l’homosexualité. Elle théorise l’existence de trois « barrières invisibles » dont l’effet est d’exclure l’homosexualité du champ de l’éducation sexuelle en milieu scolaire. La première est le renvoi à la sphère de l’intimité, au privé ; la seconde est le principe selon lequel « l’école n’est pas là pour parler de pratique » (or les pratiques liées à la normes hétérosexuelles sont de fait abordées) et la dernière barrière est celle de l’âge avec l’idée qu’à l’adolescence, période de « questionnement de soi », il n’est pas encore possible de se définir comme homosexuel.le.

Lors des échanges avec la classe, Aurore a rappelé qu’il n’existe pas de « théorie du genre ». Cette expression a été créée par l’Église catholique dans les années 1990 pour exprimer un avis critique face aux réflexions croissantes sur l’égalité entre hommes et femmes. Les gender studies renvoient en fait à un ensemble de travaux scientifiques – pas tous d’accord entre eux, qui utilisent le concept de genre.

 

[1] Science et Vie de la Terre

[2]« L’homosexualité, une “question difficile”. Distinction et hiérarchisation des sexualités dans l’éducation sexuelle en milieu scolaire », Genre, sexualité & société [En ligne], 11 | Printemps 2014, mis en ligne le 01 juillet 2014, URL : http://journals.openedition.org/gss/3144  ; DOI : 10.4000/gss.3144.

 

Cette séance a eu lieu dans le cadre du séminaire Master de science politique de l’Université Paris 8, animé par Sylvie Tissot en 2018-2019.